vendredi 1 juin 2007

Eolienne: pourquoi l'Espagne attire Albert Frère

Albert Frère, Suez, l'Allemand EON : ils lorgnent tous les trois le secteur énergétique espagnol. Visiblement, ils ont des bonnes raisons de le faire. Cela augure-t-il des opérations de plus grande ampleur ? A ne pas exclure...
Devoghel

Il est des coïncidences troublantes. Il y a quelques semaines, Suez indiquait être en passe de détenir plus de 11,3 pc du capital de Gas natural, le Distrigaz espagnol. Mercredi, GBL et CNP, les deux holdings de Frère, annonçaient avoir acquis respectivement 3 et 2 pc d'Iberdrola, un des principaux groupes énergétiques en Espagne (LLB du 31 mai). Etrange car GBL est actionnaire de Suez à concurrence de 9,5 pc. Et cette même Suez est toujours en attente du feu vert du nouveau gouvernement Fillon pour pouvoir finaliser son projet de fusion avec Gaz de France.

Les investissements de Frère relancent donc les spéculations sur le mouvement de consolidation du marché de l'énergie en Europe dans lequel l'Espagne occupe une place centrale.

Tout a commencé avec l'OPA hostile de Gas natural sur Endesa, qui a été contrée par l'offre de l'Allemand EON. Qui a dû finalement se contenter de quelques miettes suite à l'offre conjointe faite par le groupe espagnol de travaux publics Acciona et l'Italien Enel. Celui-là même qui était prêt à s'attaquer à Suez pour s'approprier sa filiale belge Electrabel... On rappellera également qu'on a soupçonné Iberdrola d'avoir des vues sur Electrabel.

Résultat des courses : EON a un goût de trop peu, Suez est dans l'incertitude, Gas natural et Iberdrola n'ont pas trouvé le partenaire recherché. A partir de là, que penser pour l'avenir ?

Le marché espagnol de l'énergie reste visiblement très convoité. Et cela pour différentes raisons. " La croissance de la demande en gaz et en électricité est supérieure à 5 pc, contre environ 1 pc en Europe" , note Steven De Proost, analyste chez Dexia. Cette demande est soutenue par une croissance robuste et par des besoins en air conditionné importants.

Autre élément attrayant : les acteurs énergétiques sont actifs dans la production avec de surcroît des capacités dans le nucléaire et l'hydraulique (deux énergies considérées comme "propres"), la distribution et la vente. Iberdrola a comme atout supplémentaire d'être le plus grand acteur mondial sur le front des éoliennes. Il projette de vendre en Bourse 20 pc de sa filiale spécialisée en énergies renouvelables Iberenova, valorisée à 15 milliards d'euros. Celle-ci a une capacité de production de 4 434 MW dont 3 662 en éolien en 2006 et a comme objectif d'atteindre une capacité de 7 000 MW en 2009. De quoi attirer Albert Frère qui était absent de ce créneau du renouvelable.

Candidat idéal

Iberdrola s'est hissée dans le peloton de tête du marché européen de l'énergie après avoir acquis le Britannique Scottish Power. La société détient également 40,5 pc d'Union Fenosa, le troisième producteur d'électricité espagnol.

Pour ce qui est de Gas natural, il pourrait être le second choix de Suez si la fusion avec GDF venait à échouer. On devrait avoir un peu plus d'indications sur les intentions du gouvernement français d'ici début juillet.

Et EON dans tout cela ? Lors d'une récente rencontre avec des analystes, le groupe allemand a annoncé un programme d'investissement de 60 milliards d'euros à l'horizon 2010. Steven De Proost en a déduit que le numéro un de l'énergie en Europe a comme plan de faire une acquisition pour environ 35 milliards d'euros. Et, d'après Steven De Proost, Union Fenosa pourrait être le candidat idéal en termes de taille et d'actifs.

Ariane van Caloen, lalibre.be Mis en ligne le 01/06/2007

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